
Né en 1942, Jean-Claude Berrouet n’est pas qu’un simple vinificateur : c’est un philosophe du Merlot, un maître discret dont l’héritage résonne à travers les vignobles de Bordeaux et bien au-delà. Pendant 44 millésimes, de 1964 jusqu’à sa retraite en 2007, Berrouet a été la voix — douce mais inébranlable — des vins des Établissements Jean-Pierre Moueix, dont le mythique Château Pétrus. Sa nomination par Jean-Pierre Moueix, au tendre âge de 22 ans, marquerait le début de l’une des carrières les plus influentes de l’histoire de la vinification moderne.
Jean-Claude Berrouet est un homme de nuances et de subtilité. Amoureux de littérature et de poésie, son approche de la vinification est profondément humaniste — respectueuse du terroir, humble dans l’intervention, et fermement ancrée dans la conviction que le grand vin doit murmurer, et non crier. Il a fui l’extraction excessive, boudé l’usage excessif du bois neuf et s’est toujours méfié des techniques modernes comme la micro-oxygénation. Entre ses mains, le Merlot n’est pas devenu un vecteur de puissance, mais d’élégance, de grâce et de longévité tranquille.
Bien qu’officiellement retraité, son influence se poursuit — notamment à travers son fils Olivier, qui supervise aujourd’hui la vinification aux Établissements Moueix, veillant à ce que la dynastie Berrouet demeure intimement liée à l’âme du Bordeaux rive droite.
L’influence de Jean-Claude s’étend pourtant bien au-delà des frontières de Pomerol. Son expertise et son savoir-faire sont recherchés aux quatre coins du globe : en Israël, chez Tzora Vineyards depuis 2010 ; en Argentine, chez Tapiz depuis 2011 ; en Chine, au Château Rongzi ; et dans certains domaines français où il reste une main bienveillante. Sa remarquable contribution au monde du vin a été officiellement reconnue lorsqu’il a été nommé « Winemaker of the Year » par l’Institute of Masters of Wine en 2018.
Vinificateur de renommée internationale, son nom apparaît fréquemment dans les pages de La Revue du Vin de France, du Wine Spectator, de The Wine Bible (Karen MacNeil), dans les écrits de Jane Anson, les ouvrages d’Ian D’Agata, les explorations de Bianca Bosker et le dernier opus de José Peñín — un témoignage de son influence discrète mais retentissante sur des générations d’amateurs et de professionnels du vin.
Jean-Claude cultive aussi sa propre vision à travers les domaines familiaux. Château Samion, à Lalande-de-Pomerol, acquis en 1982, est moelleux et généreux — une étreinte chaleureuse du Merlot. Quant au Vieux Château Saint André, à Montagne-Saint-Émilion, avec sa structure classique et sa fraîcheur, il parle de tradition et de retenue. Son second fils, Jean-François Berrouet, supervise désormais les deux domaines avec la même intégrité et la même finesse héritées de son père.
https://classic-vins.com/wines-andorra/chateau-samion-bordeaux-2016/ Les deux vins sont disponibles chez nous — deux expressions sobres mais nobles d’une philosophie familiale profondément enracinée dans l’authenticité et le terroir. En 2019, ils ont également acquis 2 autres domaines : le Château Bonneau et Hyon la Fleur.
Rencontrer Jean-Claude Berrouet, c’est rencontrer une forme rare d’humilité — celle qui ne vient que d’une vie passée à écouter la terre, et de la joie de façonner en silence certains des vins les plus précieux du monde. Sa sagesse se partage généreusement, sans affectation, et toujours avec cette voix douce — une voix qui a contribué à définir l’âme de Pomerol.